Bienvenue dans le Terrier

Si t'y penses, tu l'sais. Mais y penser, c'est dur, c'est flippant, c'est inconfort, pas vrai ?
Et pourtant, y'a quelque chose de magnifique à...
...prendre conscience.
De c'que j'ai compris du concept, la conscience, c'est c'truc qui fait que tu sais, tu sens, que t'es toi, et qu'il y a un autre truc qu'est pas toi.
C'est marrant de dire "tu sens".
Comme si c'était un sens. Comme si tu goûtais quelqu'chose, et dans c'plat, y'a plein de goûts, et y'a l'tien, et tu sais qu'c'est l'tien.
La prochaine fois que tu bois un malibu-café, ou qu'tu manges un croissant aux amandes, concentre-toi, et essaie de capter le goût d'ta bouche, en d'ssous des autres saveurs.
Tu verras, c'est marrant. Bah ouais, c'est dégueu. C'est marrant parce que c'est dégueu.

Si t'y penses, tu sais. Mais savoir, c'est pluss que croire, et moins que connaître.
Quand tu dis que tu crois, ça veut dire que tu penses que quelque chose est vrai. Et logiquement, si t'es cohérent et qu'tu t'mens pas, t'es censé agir en fonction.

Genre, si tu crois que ta famille t'aime, bah t'agis en conséquence, non ? Tu leur fais un gratin de macaroni au fromage de temps en temps, et tu les laisses rentrer un peu dans ton intimité ?
Bah si tu fais partie de ceux qui croient que les extraterrestres visitent la terre, et que tu mets pas des signes sur ton toit et que tu t'es pas fourni en émetteurs radios pour leur envoyer un coucou, c'est que tu fais semblant d'y croire.
Ou si t'as dans l'idée que les gouvernement est composé de violeurs et de pédophiles, et que tu vas pas leur péter la gueule, c'est soit que t'y crois pas vraiment, soit que t'es un connard qui cautionne.
Parce que perso, si j'apprends que mon voisin touche des gamins, j'le laisse pas faire, même si c'est le patron d'un bar avec un vigile.

Donc croire, c'est pas "être séduit par l'idée", et c'est pas non plus "dire qu'on y croit", c'est penser que c'est vrai, et agir en fonction.

Tu l'sais, si t'y penses. Mais en fait, c'est quoi, vrai ?
Facile de t'prendre la tête à écouter des réponses dont tu connais pas encore la question, pour ensuite trouver la question et t'rendre compte que t'aimes bien être futé, pas vrai ?
Ils appellent ça la philo. Sors le lub et les kleenex, ça va t'agiter.
Tu prends une phrase, tu la dis dans ta tête ou à voix haute...
... ou t'en fais un podcast vidéo, comme le débile que t'écoutes, là dessuite...
Donc tu prends ta phrase, et tu t'demandes si t'es bien sûr de savoir ce que veut dire le mot le plus simple.

J'suis sûr qu'tu l'savais déjà, t'y avait sûrement d'jà pensé ; mais j'aime bien les poncifs, donc j'le dis quand même : si t'es sûr de toi et qu'ça t'semble évident, c'est probablement qu'tu t'es fait formater.

Donc, croire, c'est penser qu'un truc est vrai.
Tu peux répéter ça à voix haute.
Azy, j't'écoute : Croire, c'est penser qu'un truc est vrai.
Répète après moi M. Tweedy. Tout ça, c'est dans ta tête.
Et tu prends le mot qui a l'air le plus évident, et tu t'demandes :
Ça veut dire quoi, "vrai" ?
Facile, quand t'es pas sûr, t'as juste à te rappeler que...
...écoute bien...
"Tout est l'inverse de son inverse".

Nan j'me fous pas d'ta gueule, tu vas piger c'est aisé :
L'inverse de "vrai", c'est...
roulement de tambour
"Faux" ! Bien vu si t'as trouvé, et sinon bah... comme on dit dans l'duché du Limousin, Saint Miskine des Lions.
Et donc, si tout est l'inverse de son inverse, et que l'inverse de "vrai" c'est "faux", alors "vrai" est facile à définir : c'est juste l'inverse de "faux"... pas vrai ?

Comme pour faire des probas : faut mettre ta cervelle à l'envers.

Du coup, un truc que tu penses qu'est "vrai", c'est un truc qu'est l'inverse de "faux".

Penses-y, comme ça tu l'sauras :
À partir de maintenant, j'vais dire des trucs comme si j'étais sûr de moi, mais c'est juste que j'y crois fort — donc je pense que c'est vrai, t'as suivi — donc tu peux prendre des notes comme ça si t'as envie d'm'en foutre plein la gueule en commentaire tu sauras être précis sur ce qui t'énerve.
Mes modos vont s'éclater.
C'est con que j'ai pas encore de modo.
Quelqu'un veut être modo ?
Le boulot est infâme, mais je paye en invisibilité !

Bref. Revenons à nos pains briochés.

On est donc d'accord jusque là — et t'façon, ceux qui sont pas d'accord sont déjà partis — que si un truc est vrai, c'est qu'il est PAS faux. Un truc vrai peut pas être faux, et un truc faux peut pas être vrai. Sinon c'est qu'tu changes le sens des mots et qu'tu les mets à ta sauce, et tu fais bien comme tu veux hein, si t'as envie de t'asseoir sur un schblum violet alors que tout le monde appelle ça un tabouret en bois, libre à toi, mais faut pas t'étonner si on écoute plus un broc de c'que tu jactes, parce que ça nous sert à rien déjà, et ensuite parce que bordel le melon du type qui croit qu'on va tous se mettre à changer notre vocable parce que môssieur a décidé de faire à sa sauce comme s'il avait un truc sagace à propal.
Fais pas ça gros, c'est cringe.

Oui, oui, j'arrive au cœur du sujet, tékaté poto.
Perds pas l'bout d'laine, moi j'sais qui j'suis et où j'en suis, j'espère que tu suis.

D'ailleurs :
Enchanté d'te voir dans mon Terrier. Toi aussi t'as suivi le lièvre à la bourre ?
Tu peux m'appeler Potiron, j'suis son colloc.
Ici, on n'est pas fous, mais on est chelous.
Si t'es resté jusqu'au générentracte et qu'tu passes un bon moment, cool cool cool, viens prendre une trace de temps en temps, et pense à ramener une teille et des clopes qu'on s'les enfile, comme ta...
...veste.
Qu'est très classe, soit dit en passant.
Par contre, t'abonne pas, j'suis pas un journal ; met pas de pouce bleu, ou alors met du latex dessus avant.
Et partage pas non plus, j'voudrai qu'on reste en p'tit comité.
J'suis là pour le kiff, pas pour la gloriole.

Revenons-en à notre commode :

Si t'y penses, tu sais. Mais c'pas parce que tu sais que c'est vrai.
Ni que t'as raison.
Du coup, ce qui est vrai est forcément pas faux, et lycée d'Versailles.
Ça t'aide pas ?
Bah pourtant, c'est plus facile de savoir si un truc est faux. Et donc par élimination, tout ce qu'est pas faux est déjà potentiellement vrai.
Exemple : j'dis que ta sœur m'a... offert des crêpes, et que j'les ai toutes mangées.
J'peux pas prouver qu'c'est vrai.
Par contre, si c'est faux, c'est facile : tu peux analyser mon sang pour savoir si y'a des traces de... mauvaise idée, y'a des traces de tout c'qui s'trace là d'dans, c'est probablement aussi sale que la colline de porte-de-la-chapelle.
Sinon, tu peux chopper des preuves que ta sœur était pas avec moi. Si elle s'est filmée à la webcam, par exemple (si t'as les vids, balance, fais pas ton chien).
Ou tu peux check les assiettes, quand j'les ressors du micro-ondes.
Bref, une preuve de l'inverse de c'que j'dis suffit à prouver que c'est faux.

Et si t'arrives pas à trouver de preuve que j'mens ?
Alors déjà, comme on dit en vieil occitan : "cheh batard. D'entrar."
Mais ça veut pas dire auto que j'dis vrai.
Ça veut dire que ça peut être vrai. Peut-être.

Si t'y penses, tu sais. Mais c'est quoi, du coup, savoir ?
Tu sais quand t'as au moins une preuve que c'est pas faux. Genre, tu m'as vu écrire. Tu m'as entendu enregistrer ce texte noulachiécourva.
Mais du coup, tu peux pas savoir des trucs faux, si ?
Bah non.
Si c'est faux, tu crois que tu sais.
En fait, quand tu sais, c'est juste que tu crois un truc vrai, parce que t'as des bonnes raisons de le croire, des preuves.
Et du coup, le savoir, c'est juste un type particulier de croyance.

Du coup, tu comprends pourquoi j'peux pas fermer ma mouille quand j'entends "chacun sa vérité" ?
Non. Caboche de benne à plastique.
Chacun son opinion. Chacun ses croyances. Ça m'arrache déjà les ratiches de dire ça, mais ouais, t'as le droit de croire ce que tu veux, et d'en penser ce que tu peux.
Même des trucs faux.
Mais c'est pas parce que tu penses qu'un truc est vrai, même si tu crois le savoir, que c'est une vérité.
C'est une vérité si c'est vrai.
Point barre.

"Oui mais on peut être sur de rien, gnagnagna, la science s'est déjà trompée, patata, y'a trente ans on croyait que le sida c'était une maladie de vélo..."

Et ?
Si toi, mon roudoudou, tu peux faire ton caprice pour avoir le droit de croire des conneries, et dire quand même que c'est une vérité parce que soit disant, chacun la sienne, comme les pailles et les pochons, tu vas quand même pas utiliser comme excuse bidon que "les autres ils le font alors j'ai l'droit", quand même, si ?
Naaaan, j'te sais plus intelligent que ça. En tout cas, j'ai pas de preuve ; mais j'y crois.

T'façon, j'suis qu'une voix dans ta tête, qu'est-ce que j'en sais, moi ?

Maintenant que j'suis persuadé que tu utiliseras plus "vrai" et "vérité" n'importe comment, maintenant que tu sais que tu crois, on a les bases. À l'ammo, évidemment.

Si t'y penses, tu sais. Mais tu sais quoi, au juste ?
Bah, comme a dit Dédé — c'est comme ça qu'on appelle René quand il a oublié son deck et qu'on l'fait jouer avec des dodécaèdres, à D&D — le seul truc que tu sais pour sûr c'est que la question existe, et que le truc qui s'la pose existe pour s'la poser.
Donc y'a au moins toi, le truc qui ressens qu'il y a une question qui s'pose, le truc qui cherche la réponse.
Et y'a autre chose que toi : cette question.
Bah ouais parce qu'une fois que tu l'as pensée, cette question, elle est en soi. Ou en velours, ou en mots, osef, mais elle existe. Et t'en as le souvenir, du coup. T'en es le souvenir et l'idée et l'attente.
Comment on pourrait bien appeler ça, ce toi qu'est à la fois le souvenir de la question, la réflexion à propos d'c'te foutue question, et la curiosité qui t'pousse à vouloir une réponse ?

Si t'y penses, tu sais. T'en est déjà conscient.
Et c'est ça, connaître. Co-Naître. Exister avec, ensemble.
Toi et cette question, c'est parce que vous n'êtes qu'une seule et même entité, et en même temps deux singularités, que vous co-naissez.
C'est parce que tu crées du sens, ainsi que son absence, que tu sens le présent, passant, et ta puissance ; c'est l'existence. Appelons ça "conscience".

Ta conscience, c'est juste toi, le temps, qui t'pose une question constamment, pour ressentir avec intensité que tu es.

Et t'as choisi de te couper de cette question, qui est toi aussi, en un instant, pour qu'elle te renvoie la sensation que t'es.